Ouest France en crise

Deux chroniques SatMag publiées sur la crise de Ouest France

La première, Ouest France mutualise ses rédactions, publiée ce vendredi 14 septembre et diffusée sur plusieurs radios (Bretagne 5, Radio Shalom Paris, RGB 99.2FM, Airshow

Dans un article publié sur le site de France Bleu, on apprend que Ouest-France envisagerait d’importantes suppressions de postes dans ses rédactions en Sarthe et en Maine-et-Loire. Ces éditions seraient alimentées par des articles issus des journaux de Loire (Maine Libre, Courrier de l’Ouest, Presse Océan), dont le groupe est également propriétaire.

France Bleu rappelle que lors des dernières 24 Heures du Mans, le direct proposé sur les sites internet de Ouest-France et du Maine Libre était strictement le même. 

Une seule équipe, un même contenu et une double publication. Un « test » rondement mené selon certains syndicats… Car demain, selon eux, ce sont peut-être les pages des deux journaux papiers qui seront identiques.

François Régis Hutin, l’ancien patron historique de Ouest-France, y était toujours resté opposé. « Il était attaché au pluralisme et à l’indépendance des rédactions », souligne Franck Guillot. Décédé il y a seulement neuf mois, il a été remplacé à la tête du groupe Sipa/Ouest-France par Louis Echelard, assisté de Mathieu Fuchs, numéro 2 du groupe et directeur général du journal.

Selon La Lettre A, une lettre professionnelle publiée sur Internet, une mutualisation se préparerait à grande échelle. Dans les zones où Ouest-France possède également, depuis 2006, les Journaux de Loire – Le Maine Libre (72), Le Courrier de l’Ouest (49) et Presse Océan (85) – le journal réduirait ses propres rédactions à peau de chagrin. Et « dans les faits, les éditions de Ouest-France en Pays de la Loire seront en partie abondées par du contenu issu » de ces journaux de Loire, écrit la Lettre A.

Au Mans et à Angers, les rédactions Ouest-France seraient réduites à une dizaine de personnes, contre moins d’une trentaine actuellement (dont 20 CDI). Les agences de Sablé (72), La Flèche (72) et Cholet (49) seraient fermées. Et les journalistes se verraient proposer des reclassements au sein du groupe, où « 70 postes sont actuellement vacants », indique La Lettre A. « 

Pour s’adapter à la conjoncture économique et à la baisse de la diffusion, explique Franck Guillot, secrétaire (CGT) du CE Ouest-France, le groupe avait baissé les effectifs déjà chez les employés, les ouvriers, mais là, on s’attaque directement au cœur du métier du journal.

France Bleu indique que longtemps déjà, tous ces journaux partagent la même régie publicitaire. 

Ppur rappel, Presse Océan a rejoint les locaux de Oust-France en juin dernier mais le groupe SIPA, propriétaire de Ouest France avait indiqué qu’à ce jour, aucun projet de fusion éditoriale n’est prévue entre les deux titres. Le groupe Ouest-France souhaiterait simplement réaliser une opération immobilière lui permettant d’économiser le prix du loyer

Pour l’anecdote, Ouest France a bien publié en juin dernier un article sur la mutualisation mais cela ne concernait pas les journaux du groupe mais cela concernait la mairie de Bieuzy et qui a sollicité la commune de Pluméliau pour une mutualisation des services techniques, afin de répondre au besoin de la population et remédier au déficit de personnel. Un autre article sur le même sujet évoquait la mutualisation des personnels et service achat de matériel pour les communes de Quiou, Plouasne et Saint-Juvat Pour réaliser des économies.

« Cette mutualisation est une solution raisonnable pour l’avenir. Les petites communes comme Bieuzy n’ont pas beaucoup de moyens financiers et la suppression des contrats aidés vient encore accentuer les difficultés », confie le maire.

Finalement, les raisons de la mutualisation des services des deux communes ne sont pas si éloignées des raisons de la mutualisation de journaux du groupe Ouest-France, à un moment où rappelons le, les recettes publicitaires de la presse ont baissé d’environ 10% cette année. Sans recettes, il faut bien trouver des solutions pour survivre.

Deuxième chronique diffusée le lundi 17 septembre : Ouest France en grève

La semaine dernière, j’avais évoqué Ouest-France dont certains craignaient que ses dirigeants ne lancent un plan de restructuration et de mutualisation de ses journaux qu’il contrôle dans la région.

Cette crainte a été confirmée par la présentation d’un projet de réorganisation par la direction qui prévoit en effet une mutualisation des éditions locales tout en développant le numérique et l’international.

Alors que le groupe emploie 580 journalistes professionnels, Ce plan entrainerait 73 suppressions de postes, 17 autres seraient créés, ce qui donnerait un solde négatif de 56 postes. La direction s’engage à ce qu’il n’y ait pas de licenciement et qu’elle jouera sur les départs à la retraite.

Pour simplifier, les différentes rédactions, Ouest France, Presse Océan,  Courrier de l’Ouest, Maine libre partageront leurs articles, dans un sens ou dans un autre. Inévitablement, les rédactions seront réduites même si la direction va en contrepartie renforcer 27 agences locales de Bretagne, Pays-de-la-Loire et Normandie, mais aussi créer un bureau à Bruxelles, ouvrir deux postes à Paris, et développer un pôle investigation à Rennes.

Comme le rappelle le Figaro, dans la Sarthe et le Maine-et-Loire, Ouest-France se vend de deux à quatre fois moins que ses concurrents, Le Courrier de l’Ouest et Le Maine libre. Or ces titres appartiennent depuis 2006 au groupe Ouest-France. La direction propose donc de supprimer plusieurs bureaux de Ouest-France dans ces départements, tout en maintenant la parution du journal : les pages locales seront nourries par les articles écrits par Le Courrier de l’Ouest et Le Maine libre. Même logique sur le Web. Seuls 16 postes sur une quarantaine seraient maintenus pour alimenter les pages départementales.

Dans le Finistère, où Le Télégramme est historiquement implanté, le groupe prévoit de réduire « ses moyens rédactionnels en adaptant la pagination de ses éditions, tout en dynamisant son projet numérique ».

Alors, s’agit il d’abandon de territoires ce qui risque fort de n’être qu’une première marche vers d’autres renoncements » comme le dénoncent les syndicats ? S’agit il se s’adapter la réalité économique,  le groupe n’ayant plus les moyens d’avoir deux rédactions différentes dans chaque partie de la région où il est présent?

Inévitablement, on ne peut pas penser que dans le futur, il y aura fusion entre les deux rédactions et disparition de fait des titres locaux. Un peu comme Figaro a conservé l’Aurore pendant des années mais en fait les deux journaux étaient identiques, seul le nom du journal était différent. Puis l’Aurore a disparu. Évidement, cela pose un problème pour le pluralisme de la presse.

Le but pour la direction du groupe Ouest France est d’économiser 3,5 millions d’euros par an.

Comme tous les journaux, qu’ils soient nationaux ou régionaux, la presse souffre d’une baisse des ventes. Ouest France reste le premier quotidien français mais il est ainsi passé à 715.000 exemplaires vendus en 2014 à 659.000 en 2017 soit une baisse d’environ 12%. Ce n’est pas compensé par le numérique qui ne représentent que 4% des ventes. A titre de comparaison le numérique représente 44% des ventes du quotidien Le Monde, 33% pour le figaro. Si on compare par rapport aux autres quotidiens régionaux, le numérique représente 9.5% des ventes de Sud Ouest, 8% pour Nice Matin.

Pour la direction de Ouest France, il faut passer à l’idée du Web first. Il faut que l’abonné puisse avoir l’information le plus rapidement possible via le numérique avec pour objectif d’atteindre 5 millions de lecteurs par jour d’ici à 2020 et plus de 500 millions de pages vues par mois dans son écosystème numérique ».

« 66 % de l’audience de Ouest-France.fr se fait déjà en dehors de notre zone de diffusion », note François-Xavier Lefranc, le rédacteur en chef de Ouest France.

D’où la volonté de développer le projet numérique avec la création de quatre postes de community manager.

Certains estiment que Ouest France n’a aucun intérêt à développer ses équipes situés à Paris et Bruxelles car Ouest France est un quotidien régional qui a besoin d’être très présent sur le local. Certes, la question peut se poser : que recherche le lecteur d’un quotidien régional ? Uniquement de l’info proche de chez lui ? Veut il aussi de l’information ouverte sur le reste du monde avec une couverture de qualité ? Sans risque de se tromper, peu de lecteurs lisent en même temps un journal local et un journal national. Donc l’information nationale et internationale ne doit pas être négligée. Autre question : combien de  personnes lisent en même temps deux journaux de leur région ?

Il est vrai que quand Ouest France a pris le contrôle de journaux concurrents situés dans sa zone, ses dirigeants s’étaient engagés à garder l’indépendance éditoriale de chaque rédaction. Le directeur de la rédaction qui avait pris cet engagement est parti en début d’année.

Mais on rappelle que la presse a perdu depuis deux ans près de 20% de ses recettes publicitaires, les ventes vont dans la même mauvaise direction. Donc la presse doit réagir. De plus, on voit qu’à l’étranger, la presse locale a de graves problèmes. Aux Etats Unis par exemple, la presse locale s’effondre alors que la presse nationale progresse. Il faut donc réagir.

Quoi qu’il en soit, avec l’annonce du plan de réorganisation de Ouste France, l’intersyndicale du groupe (CGT, CFDT, SNJ, CFE-CGC) a aussitôt appelé les salariés à se mettre en grève, dénonçant un projet d’entreprise « dangereux » et appelant la direction à « revoir son projet ».

« Ce plan, qui piétine les engagements historiques d’Ouest-France de maintenir le pluralisme et la qualité de l’information, ne s’accompagne d’aucun projet éditorial et commercial sérieux, susceptible de redresser la diffusion qui s’effondre », Les salariés dénoncent des mutations qui seraient « contraintes ».

A suive donc.

 

 

Serge Surpin

1981 : Fait partie de l'équipe de la Radio Génération 2000, puis, RDH, Active FM, RDS, et d'autres radios "libres". Années 1980 : Création de 3615 SURPIN. 1995 : Création de Serge Surpin Numérique, fermé en 2008. 1995 : Co-Création de Satellifax, revendu depuis. 2003 : Création de SatMag. Photographe pour différents médias dont Satellifax. Environ 2012-2013 : journaliste à IDFM Radio Enghien. 2015 : Réalisateur à RCJ Radio. Depuis 2014 : Journaliste medias à RGB Radio. Depuis 2016 : Journaliste chroniqueur à Radio Shalom. Depuis 2018 : Journaliste médias à Radio Airshow. Rentrée 2018 : Journaliste médias à Bretagne 5. Rentrée 2018 : Journaliste médias à...

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