Chronique SatMag : La fin de vie envisagée pour la TNT

La chronique SatMag du lundi 25 juin 2018

Que faut-il faire de France 4 ? Le gouvernement voudrait que la chaine quitte la TNT. Sa place n’y serait plus justifiée car les jeunes ne regardent plus la télévision linéaire. On rappelle une fois de plus que cette croyance est en grande partie fausse. En fait, les ados et jeunes adultes n’ont jamais beaucoup regardé la télévision. Ce n’est qu’après, une fois installés, en famille, qu’ils se rapprochent du grand écran car ils ont moins de temps pour sortir.

Pour en revenir à France 4, le gouvernement souhaite qu’elle ne soit plus présente que sur les réseaux. On ne va pas revenir une fois de plus sur l’incongruité de pousser les jeunes vers un univers où rien n’est contrôlé.

Mais mais mais la vraie question porte sur l’avenir de la TNT en règle générale. Seuls 20% des français ne regardent la télévision que via la TNT. Cela veut dire que 80% des français regardent la télévision via les box du câble, de l’ADSL ou du satellite ou encore directement sur Internet.

D’ailleurs, Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, l’autorité des réseaux, estime que l’avenir n’est pas la TNT. « Il serait temps que l’Etat le dise clairement aux acteurs de l’audiovisuel, de façon à ce que chacun puisse s’organiser, prendre des décisions d’investissements et bâtir des modèles économiques »

Il a raison mais il est fort probable que les dits acteurs de l’audiovisuel sont au courant et anticipent déjà la fin de la TNT que tous les analystes estiment probable à l’horizon 2030.

Une fois de plus : mais !. Il est plus que probable que les 20% de français qui regardent la télévision uniquement que via la TNT n’ont pas le choix. Ils sont situés dans une zone blanche où Internet n’est pas assez rapide pour donner accès à la télévision.

Ce à quoi répond Sébastien Soriano : On peut très bien envisager des aides à la réception satellite, ca couterait moins cher qu’entretenir des réseaux de moins en moins utilisés.

En fait, on comprend l’argument de Sébastien Soriano : il faut libérer les fréquences attribués à la TNT et les redonner aux opérateurs téléphoniques afin d’y installer la 5G, la future téléphonie mobile à très haut débit. Pour rappel, on a déjà récemment redonné une partie des fréquences TNT aux opérateurs mobiles. En fait, c’est l’organisation internationale des télécommunications (UTI) qui a pris cette décision, suivie partout en Europe.

Quitter la TNT poserait un certain nombre de questions aux chaînes qui l’utilisent actuellement.

Etre sur la TNT est un booster d’audience. Même si donc 80% des français ont accès à plus de 30 chaines de télévision, les chaines de la TNT représentent 90% de l’audience. Les chaines qui y sont présentes y sont mises en valeur. C’est vrai mais les réalistes répondront que être sur la TNT coute cher donc les chaines y ont plus de budget que les autres chaines diffusées uniquement sur d’autres réseaux.

Etre sur la TNT crée la différence et sans elle, les chaines se retrouvent mélangées à des milliers d’autres.

Autre facteur important à prendre en compte : les chaines diffusées sur la TNT ont la chance d’accéder aux fréquences gratuitement. N’oublions pas que les opérateurs de téléphonie paient très cher pour accéder à leurs fréquences. En échange de la gratuité, les chaines ont signé des engagements en matière de financement de la création et de la production audiovisuelle française et européenne. Sans diffusion sur la TNT, plus d’engagements. Cela dit, pour que les grosses chaines restent grosses, il faut qu’elles investissent pour se différencier. Oui mais elle ne seront plus obligée d’investir français ou européen. Oui mais, je sais, il y a beaucoup de oui mais, mais c’est toujours pareil, il y a beaucoup d’arguments qui vont dans un sens ou dans un autre. Oui mais donc, les téléspectateurs aiment les programmes auxquels ils peuvent s’identifier, donc des programmes locaux.

Entre parenthèse, le problème se pose aussi pour la radio : faut-il lancer aujourd’hui un réseau en DAB alors que la problématique y est identique à la TNT. Ce réseau risque d’être inutile après 2030, plus généralement, après le développement de la 5G.

Et la sécurité de la diffusion en hertzien répondront ceux pour voient que la téléphonie passe par des réseaux moins fiables ?

Vrai mais on peut très bien envisager un changement des règles : n’avoir plus qu’un réseau mobile ultra-sécurisé. Tous les opérateurs y auraient accès. Ce qui est aujourd’hui interdit par la loi. Loi que l’on peut très bien changer. En plus, il y aurait moins de relais, donc ceux qui se préoccupent de la santé seraient satisfaits. Et ça coutera moins cher que d’avoir trois ou quatre réseaux.

Cela dit, on n’est pas encore en 2030. Revenons au problème France 4. Que faire de sa fréquence si elle quitte la TNT ? Sa place en numéro 14 donne envie à ceux qui sont derrière.

Il y a bien une autre solution. Selon le Canard Enchaine, Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics réfléchit plutôt à une privatisation de la chaîne des enfants, histoire de faire entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. On pourrait dire aussi, histoire de remplir les caisses de France Télévisions.

Le quotidien satirique pense que cette idée lui a été soufflée par Alain Weill, le PDG de SFR, qui se dirait prêt à racheter la chaîne pour quelques dizaines de millions d’euros.

Idée saugrenue que de privatiser une chaine publique ? Pas tant que cela car cela a déjà était fait : France Télévisions a bien vendu Histoire à TF1. Oui, mais (encore !), une telle privatisation serait mal vue actuellement.

Donc, on va fermer de fait une chaine plutôt que la vendre, tout cela pour respecter des principes. On ne pourrait pas avoir d’autres principes auxquels il serait bien de respecter. Afin de ne pas nous emmener en bateau…. (nous ou d’autres)

 

Serge Surpin

1981 : Fait partie de l'équipe de la Radio Génération 2000, puis, RDH, Active FM, RDS, et d'autres radios "libres". Années 1980 : Création de 3615 SURPIN. 1995 : Création de Serge Surpin Numérique, fermé en 2008. 1995 : Co-Création de Satellifax, revendu depuis. 2003 : Création de SatMag. Photographe pour différents médias dont Satellifax. Environ 2012-2013 : journaliste à IDFM Radio Enghien. 2015 : Réalisateur à RCJ Radio. Depuis 2014 : Journaliste medias à RGB Radio. Depuis 2016 : Journaliste chroniqueur à Radio Shalom. Depuis 2018 : Journaliste médias à Radio Airshow. Rentrée 2018 : Journaliste médias à Bretagne 5. Rentrée 2018 : Journaliste médias à...

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