Faut il supprimer les secteurs interdits de pub à la télé ?

Chronique SatMag :

Image D.R.

 

Faut il libéraliser le marché de la publicité ? Vous le savez peut-être, certaines publicités sont interdites à la télévision. Certaines interdictions peuvent sembler normales et même démocratiques : la publicité à des fins politiques est interdite dans tous les moyens de communication, presse ou audiovisuel. Idem pour les armes à feu.

Certains contestent l’interdiction de la pub pour l’assistance juridique, plus généralement les avocats, les médicaments, le tabac, les boissons alcoolisées.

Et puis il y a des secteurs où l’interdiction qui protège certains médias, en particulier la presse et la radio.

Cela concerne les promotions de la distribution qui n’a pas le droit de dire que tel produit est à tel prix.

Interdiction de faire de la publicité aussi pour des livres. Cela dit, à part quelques grands best-sellers, qui pourrait se permettre de faire de la pub pour un livre, généralement peu rentable. Le risque est que les meilleurs vendeurs vendent encore plus. Risque faible. Et puis on dit aussi que les best-sellers permettent de financer les petits tirages, les auteurs moins connus.

Et puis il y a aussi l’interdiction de la pub pour le cinéma à la télévision. La diffusion des bandes annonces ne doit pas être payante. Le but est d’une part de protéger là encore les recettes des autres médias, radio et presse. D’autre part, ne pas privilégier les blockbusters, les films à gros budget vis à vis des petits films.

Cette interdiction est souvent contournée. Vous n’allez pas me dire que c’est un hasard quand le dernier Mission impossible sort en salle que une chaîne de télévision passe alors un épisode précédent. C’est presque systématique dans le cas de suite de films, et il y en a beaucoup.

D’autre part, quand une chaîne évoque un film qu’elle a en partie financé, c’est aussi de la pub, cela fait partie du deal avec les producteurs.

Toutes ces interdictions concernent donc certains secteurs interdits de pub à la télé.

Et puis il y a aussi une autre interdiction encore plus embêtante pour les chaines, celle de faire de la publicité ciblée, adressé, adaptée aux téléspectateurs. Comme sur Internet où si certaines pub vous sont spécialement adressée parce que vous êtes un homme ou une femme, un jeune ou pas, que vous êtes susceptible d’aimer tel ou tel produit.

Justement, donc, ces pubs adressées sont courantes sur Internet et interdites à la télévision. En fait, il faut savoir que si cette pub ciblée est impossible ou presque sur la TNT, elle est possible si vous regardez la télévision via une boxe, ce qui concerne 80% des français. Les chaines de télévision demandent à ce que la loi leur permette de lutter à armes égales contre les GAFA.

Donc la question est désormais : faut il ouvrir les secteurs interdits de pub à la télévision. Non répondent les principaux acteurs du secteur de la presse et de la radio, sauf évidemment les radios font partie de groupes qui ont aussi des chaines de télévision comme RTL et RMC.

Selon un rapport de France Pub cité par le JDD, l’ouverture des secteurs interdits pourrait faire baisser au pire de 18 % les investissements des annonceurs en radio, presse et affichage prévus pour en 2022. Il se trouve que ces secteurs ne vont pas bien et que leurs recettes publicitaires sont en fortes baisses depuis des années. Alors que la publicité à la télévision se porte bien.

La question est essentielle et existentielle. Faut il aider artificiellement un secteur à ne pas tomber ? Faut il le protéger ? N’est-ce pas reculer pour mieux tomber ?

Lpresse se sauvera-t-elle sans ces lois ? On remarque qu’elle ne se porte déjà pas bien aujourd’hui. La publicité dans la presse est en baisse de 10% par an depuis deux ans. La tendance se confirme. Les annonceurs se tournent déjà vers le numérique.

Quant à la radio, on voit que dans de nombreux pays, elle se porte bien et génère même des convoitises de certains groupes de médias, en tout cas pour les radios qui savent proposer un contenu attrayant et différent des flux automatiques proposés par les sites de streaming.

Au fait, on remarque que des radios qui refusent l’ouverture des secteurs interdits à la télévision afin de protéger leurs recettes, et donc refusent que les télévision puisse avoir les mêmes droits que les GAFA, donc les mêmes radios demandent que les quotas de musiques à la radio, le pourcentage de chansons françaises imposées, soit levés, justement afin de mieux luter contre les GAFA. Pas logique.

Je vous ai dit que la publicité à la télévision va bien mais on sait que le secteur doit aussi s’adapter car d’ici 2030, la télévision linéaire aura alors perdu une grande partie de ses téléspectateurs et seuls les groupes ayants su s’adapter survivront.

On dit parfois qu’il faut aider ceux qui vont bien et que les aides aux entreprises qui sont sur un secteur qui ne va pas bien ne servent pas à grand chose, sinon reculer pour mieux sauter. On est un des rares grands pays européens à ne pas avoir de grands groupes audiovisuels à taille européenne ou mondiale. A part Canal+ mais on sait qu’il est sur un secteur difficile.

Le ministère de la Culture a lancé une consultation publique sur « la simplification des règles relatives à la publicité télévisée ».

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a demandé en septembre qu’une étude d’impact de la réforme soit réalisée.

Dernière remarque : je n’ai pas vu une seule grande radio réagir contre la fin des emplois aidés qui font beaucoup de mal aux radios associatives. Chacun défend son beefsteak, normal.

 

Serge Surpin

1981 : Fait partie de l'équipe de la Radio Génération 2000, puis, RDH, Active FM, RDS, et d'autres radios "libres". Années 1980 : Création de 3615 SURPIN. 1995 : Création de Serge Surpin Numérique, fermé en 2008. 1995 : Co-Création de Satellifax, revendu depuis. 2003 : Création de SatMag. Photographe pour différents médias dont Satellifax. Environ 2012-2013 : journaliste à IDFM Radio Enghien. 2015 : Réalisateur à RCJ Radio. Depuis 2014 : Journaliste medias à RGB Radio. Depuis 2016 : Journaliste chroniqueur à Radio Shalom. Depuis 2018 : Journaliste médias à Radio Airshow. Rentrée 2018 : Journaliste médias à Bretagne 5. Rentrée 2018 : Journaliste médias à...

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