Faut-il protéger le service public ?

Chronique SatMag

Selon un sondage Opininonway commandé par le Sénat, vous êtes 82% à considérer qu’il est important qu’il y ait des chaines de télévision publiques et 79% pour la radio publique.

Seuls 56% des français sont satisfaits de l’audiovisuel public. Ils ont un sentiment de manque d’indépendance des médias publics français vis à vis des puissances économiques compte tenu de la publicité et vis à vis des autorités politiques. Les français estiment en majorité que les programmes du service public ne se distinguent pas assez par rapport aux programmes proposés par le privé. Le service public manquerait de dynamisme.

Déjà il faut savoir que, souvent, les français n’ont pas bien compris quel était le périmètre des chaines publiques. 24% des français n’ont pas compris que France 2 en faisait partie, 28% pour France 3, environ 40% pour France 4 et 5. 46% pour France Ô, 47% pour France Info. Ça fait déjà quand même pas mal de monde qui n’a pas compris le périmètre des chaines de l’audiovisuel public.

C’est pire en radio, 35% des Français n’ont pas compris que France Info faisait partie du service public, 38% pour France Culture, 39% pour France Inter. Une majorité des français n’ont pas intégré que France Bleu était publique.

Déjà, on le voit, les français critiquent le service public mais n’en connaît pas bien le périmètre. Cela relative déjà pas mal de critiques.

Pour le monde politique, cette critique des français contre les programmes du service public qui ne se différencieraient pas assez des programmes du privé serait encore plus frappante par rapport à ce que se passe dans les autres pays européens. Si donc 56% des français sont satisfaits des programmes proposés par le public, ils sont 61% en Allemagne et même 86% au Royaume Uni.

Alors que penser de ces sondages qui servent souvent de pivot pour les réformes envisagées par le gouvernement ? Faut il réformer donc le service public ? Ce service public n’est il passez différent du privé ?

En vérité, on oublie une spécificité française : les programmes des chaînes de télévision privées sont très encadrés par la loi qui imposent des programmes de qualité. C’est dans leur cahier des charges, leurs obligations qui font partie de leur autorisation d’émettre en hertzien. Il  suffit de voir les programmes des chaines privées en Europe pour comprendre qu’ils sont effectivement très différents des chaines publiques. C’est beaucoup moins le cas en France où la publicité est relativement encadrée, règle souvent inexistante hors de nos frontières qui font que, pour certaines chaines privées, on pourrait considérer que leurs publicités sont interrompues par des programmes.

On prend souvent l’exemple de la qualité des programmes proposés par la BBC mais n’oublions pas que certains de ses programmes sont adaptés en France et proposés par les chaînes privées françaises. Tout n’est pas aussi rose qu’on le pense. De plus, n’oublions pas que justement, la BBC a le droit de produire à 100% ses programmes et les vendre à l’export. Droit très limité pour nos chaines françaises.

Autre spécificité : l’histoire de notre audiovisuel public qui souffre de la privatisation de TF1. Sa première position et son héritage public laissent encore des traces.

Donc finalement, si on ne voit pas trop la différence entre privé et public, c’est que justement, on a imposé un certain niveau de qualité pour nos chaines privées. Certains diront que justement, on peut supprimer les chaines publiques puisque les chaines privées travaillent bien.

En fait, si on regarde la globalité des chaines publiques, le plus-qualité est nettement sensible. Tous les soirs, une des chaines publiques sinon plus, diffuse des programmes de qualité, de service public. On doit tenir compte de l’effet de groupe. Groupe France Télévisions  peut se permettre de diversifier ses programmes. Ce n’est pas le cas pour les groupes privés qui proposent très rarement au moins un programme dit de qualité par soirée sur l’une de leurs chaines.

N’oublions pas non plus que les français apprécient les programmes du public même si on a vu, ils ne savent pas toujours qu’ils regardent une chaîne public. Ainsi l’audience du groupe France Télévisions dépasse celle du groupe TF1.

Certains etiment que le service public ne doit pas se fixer des objectifs d’audience. Ça c’est des paroles. Si un jour, France Télévision ne se fixe que pour objectif la qualité, il sera ses audiences descendre et je vous parie que beaucoup demanderont pourquoi financer des programmes qui ne sont pas regardés. Et la redevance, déjà relativement faible en France, surtout quand on la compare aux pays qui ont un service public de qualité, en Grande Bretagne et en Allemagne, baissera encore. Et la qualité baissera, cercle infernal.

D’ailleurs justement, du coté financement, la redevance est donc trop basse en France, trop de français ne la paie pas, en sont exonérés. De plus, on a retiré la publicité sur les chaines publiques après 20h. On a créé une taxe pour compenser ces pertes de recettes, taxe aujourd’hui détournée des chaines pour se retrouver dans le budget global de la France. Qu’en sera-t-il si on supprime toute la publicité sur le service public ? Comment financer cela tout en sachant qu’il n’est pas question d’augmenter le montant de la redevance sinon de la faire payer par tous les français.

Pour conclure, n’oublions pas que l’audiovisuel public touche tous les français. Il apporte la culture, d’une manière ou d’une autre, à tous les français. Son budget devrait être alors sanctuarisé, protégé. Il n’y a pas d’autres moyens de diffuser la culture à tous.

Serge Surpin

1981 : Fait partie de l'équipe de la Radio Génération 2000, puis, RDH, Active FM, RDS, et d'autres radios "libres". Années 1980 : Création de 3615 SURPIN. 1995 : Création de Serge Surpin Numérique, fermé en 2008. 1995 : Co-Création de Satellifax, revendu depuis. 2003 : Création de SatMag. Photographe pour différents médias dont Satellifax. Environ 2012-2013 : journaliste à IDFM Radio Enghien. 2015 : Réalisateur à RCJ Radio. Depuis 2014 : Journaliste medias à RGB Radio. Depuis 2016 : Journaliste chroniqueur à Radio Shalom. Depuis 2018 : Journaliste médias à Radio Airshow. Rentrée 2018 : Journaliste médias à Bretagne 5. Rentrée 2018 : Journaliste médias à...

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