Chronique SatMag : Europe et Canal, même destin ?

La chronique SatMag du lundi 9 juillet 2018

 

 

Je lisais un article récemment sur ces entreprises qui faute d’avoir su innover ont disparu. Des entreprises que l’on croyait invincibles. « To big to fail comme on disait ». Trop grosses pour tomber. On pourrait dire avec trop d’égo. Trop sûres d’elles mêmes. Enfin pas toujours. Certains ont tout fait pour éviter de tomber mais leur activité étant trop basée sur un métier bien spécifique qu’il fallait une volonté de fer pour la transformer.

On peut prendre ainsi l’exemple de Kodak le géant de la photo. Clic Clac Kodak disait la pub. Un de ses métiers a presque disparu avec le numérique : la production de pellicules photos.

Logiquement la partie développement a suivi la pellicule dans sa chute. Kodak vendait généralement le développement avec ses pellicules. Kodak a bien essayé de continuer son activité développement mais avec le numérique, beaucoup de photographes amateurs ne se prennent même plus la peine de développer leurs photos.  De plus, il ne veut pas attendre. On a tous une imprimante qui peut le faire, plus ou moins bien, chez soi. Pour la qualité, il y a des machines automatiques que l’on retrouve dans des points de vente. Kodak a bien essayé de rentrer sur ce marché, il en a même été l’un des pionniers mais tout cela ne peut pas remplacer la très grosse activité lucrative d’origine.

Kodak avait aussi la production des appareils photos où il a été là aussi l’un des plus gros vendeurs après guerre. Mais il n’a pas su sortir les bons produits et il s’est fait dépasser par d’autres. Il aurait fallu faire de l’exceptionnel, il n’a pas su le faire. Résultat : Kodak a presque disparu.

Prenons aussi l’exemple d’IBM que dans les années 60 on appelait Big Blue en rapport avec la couleur de son logo. D’abord très présent sur le marché pro avec de très grosses machines, il a été l’inventeur du PC. Tout le monde sait ce qu’il s’est passé : pour réussir, le PC devait être universel, ouvert à toute entreprise qui voulait en produire. Et les autres ont fait mieux. Petit à petit, IMB a disparu de ce marché. Et l’erreur fondamentale aura été de ne pas sécuriser la partie logicielle qu’il a sous-traitée auprès de Microsoft. On connaît la suite. Big Blue est encore une grosse société mais plus aussi importante qu’avant essentiellement et concentrée sur le logiciel.

Microsoft justement. C’est toujours un gros de l’industrie mais vous avez remarqué qu’il n’est pas dans l’acronyme GAFA. Enfin, si parfois certains disent GAFAM pour rajouter Microsoft dans ce groupe des incontournables. Rappelez vous des années 90/2000 où tout le monde redoutait la puissance de Microsoft. Depuis, c’est Google qui a pris sa place. Dans le numérique, vous remarquerez que tous les grands noms que vous connaissez aujourd’hui ont moins de 10 ans d’antériorité. Parfois moins. Et certains incontournables ont été… contournés très rapidement. C’est un monde en perpétuelle évolution.

Je me cantonne cette démonstration à l’industrie qui a été impactée par le numérique sinon je pourrais alors évoquer d’autres industries comme le charbon et l’acier, quand même la base de l’Europe et qui ont complètement disparues. Intéressant d’ailleurs de voir tout l’argent public dépensé pour maintenir ces activités. En vain. Ce qui fait que certains disent que, plutôt que soutenir une industrie moribonde, il vaut mieux miser sur de nouvelles entreprises basées sur le nouveau monde. Mais ça c’est une autre histoire.

Pour en revenir au monde des médias, et si je vous parle de tout cela c’est pour évoquer le cas de deux entreprises qui sont sur la pente descendantes : Canal+ et Europe 1. Sans parler de la presse en règle générale.

Europe 1 et Canal+ doivent leur réussite sur le fait d’avoir choisi d’être différentes des autres dans un monde relativement étroit.

En 1955, les français avaient accès grosso-modo à deux-trois radios principales. Une publique et une privée. Arrive Europe N°1 qui casse les codes. Les autres deviennent ringardes. Succès d’Europe pendant une bonne dizaine d’année. Puis les autres réagissent et deviennent toutes aussi modernes. Et l’équipe dirigeante d’Europe est virée sur décision politique. Depuis, Europe 1 n’en finit pas de descendre et la prise en compte de la nouvelle concurrence, que cela soit les radios FM ou le numérique, pourtant prévue et anticipée, n’a pas été bien maîtrisée. Et il faut rajouter des erreurs stratégiques.

On pourrait calquer ce schéma sur Canal+ qui débarque en 1984 et qui comprend très vite qu’il faut se démarquer des autres chaînes pour se faire connaître. Réussite médiatique qui permet de vendre des abonnements. C’était In d’être abonné, d’être dans le club. Et un peu comme Europe 1, l’équipe du départ a été elle aussi virée, plus pour des raisons plus industrielles que politiques (quoi que…). Petit à petit, l’esprit Canal disparaît et la chaîne et son groupe se banalisent. Pire, ils ne savent pas bien réagir face à l’arrivée de la concurrence qui casse complètement le modèle de la chaîne linéaire avec abonnement. Comme Europe 1, tout a pourtant été prévu mais Canal n’a pas su innover, anticiper. Elle a tenté de préserver ses acquis. Mauvaise idée.

Sans trop se mouiller, on peut prévoir un avenir identique pour Canal et Europe 1 qui seront un jour ou l’autre vendus (ou revendus) et intégreront de gros groupes où ils ne seront plus qu’un pion dans un jeu qu’ils ne maîtriseront pas. C’est d’ailleurs déjà le cas aujourd’hui.

Serge Surpin

1981 : Fait partie de l'équipe de la Radio Génération 2000, puis, RDH, Active FM, RDS, et d'autres radios "libres". Années 1980 : Création de 3615 SURPIN. 1995 : Création de Serge Surpin Numérique, fermé en 2008. 1995 : Co-Création de Satellifax, revendu depuis. 2003 : Création de SatMag. Photographe pour différents médias dont Satellifax. Environ 2012-2013 : journaliste à IDFM Radio Enghien. 2015 : Réalisateur à RCJ Radio. Depuis 2014 : Journaliste medias à RGB Radio. Depuis 2016 : Journaliste chroniqueur à Radio Shalom. Depuis 2018 : Journaliste médias à Radio Airshow. Rentrée 2018 : Journaliste médias à Bretagne 5. Rentrée 2018 : Journaliste médias à...

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