Chronique SatMag : Avec Salto, France Télévisions, TF1 et M6 réinventent TPS

Chronique SatMag du lundi 18 juinTF1

France Télévisions et M6 ont annoncé le lancement de Salto, une plateforme commune aux trois groupes. Elle a vocation à s’ouvrir à tous les autres grandes chaines françaises gratuites qui veulent rejoindre le mouvement.

Salto proposera l’accès aux chaines en direct, mais aussi à leurs services améliorés de rattrapages, ceux que l’on trouve déjà dans les offres des opérateurs internet.

Salto ne sera pas gratuit. Le consommateur devra verser quelques euros pour y avoir accès. A quel prix ? On ne le sait pas encore.

Pour quelques euros de plus, on ne connaît pas non plus le montant, l’abonné aura accès à un catalogue de contenus plus complet.

Le but est officiellement d’attirer les jeunes qui se détournent de la télévision traditionnelle.

Cela fait longtemps que France Télévisions voulait lancer son Netflix à la française. Ou plutôt son Hulu, le service qui en est le plus proche. Netflix est un service indépendant des chaines de télévision alors que Hulu est un service créé par les groupes américains NBCUniversal, Fox et Disney qui ont chacun des réseaux de télévision. Quoi que l’exemple ne soit pas engageant car si Hulu tient ses promesses, fournir un accès aux chaines des groupes participants ainsi qu’à des bouquets payants, Hulu perd de l’argent. Beaucoup d’argent. Hulu a un budget annoncé de 20 milliards de dollars. L’ambition des partenaires de Salto est pour l’instant modeste avec un budget envisagé de 60 millions d’euros. C’est très faible. Pas de quoi produire des contenus originaux comme le fait Hulu (La Servante Ecarlate par exemple).

Quand au catalogue payant, il ne peut être que réduit puisque, de par la loi française, les chaines ne sont que très rarement propriétaires des œuvres qu’elles diffusent. Delphine Ernotte a proposé un modèle à la Deezer, les ayants-droit ne seraient rétribués que lorsque le contenu est acheté. Ce qui est envisageable pour la musique est plus difficilement transposable à les films ou téléfilms. Il est plus courant de vendre l’exploitation d’une œuvre en exclusivité pour un bouquet ou une chaine.

Il est étonnant que parmi les partenaires envisagés pour Salto ne figure pas Canal+ qui a justement un service qui fait déjà le travail. Dans MyCanal, on trouve les offres de presque toutes les chaines françaises classés par catégorie, thème ou par chaine. Il aurait été facile de partir de cette offre pour la développer. Mais l’entente avec le groupe Canal+ ne semble pas être suffisamment forte pour partir sur cette option.

Il existe aussi en France, Motolov, une offre à base gratuite avec des options payantes qui semble assez proches de Salto. Avec l’avantage de partir sur une base gratuite, seule à même d’attirer les clients contrairement à Salto qui n’envisage qu’un modèle payant.

Une offre regroupant TF1, France Télévisions et M6, ça vous rappelle quelque chose ? Rajoutez la Lyonnaise des Eaux (devenu entre temps Suez) et vous avez les actionnaires de TPS, un bouquet satellite qui avait pour but de tuer Canal+. Tout comme Salto, c’est France Télévisions qui était l’initiateur de TPS. On a vu ce que cela a donné. TPS créé en 1996 a été revendu à Canal+ huit ans plus tard.

Salto est par ailleurs le nom de l’ancien service que France Télévision avait lancé en HbbTV en 20012. HbbTV, c’était une forme d’internet intégré dans les chaines de télévision hertziennes et qui apportait déjà des services supplémentaires, comme donc Salto dont les services ressemblaient déjà au Salto proposé aujourd’hui, sinon que seul le groupe public y participait. Ce service avait été abandonné rapidement car le HbbTV n’intéressait que peu de personne puisque le public français est largement abonné à des fournisseurs d’accès proposant des box intégrant des services similaires. Aujourd’hui, les offres hors box, que l’on appelle OTT, Over The Top, se développent même si certaines intègrent aussi les services des mêmes box. Par exemple, Netflix est présent partout, en OTT et dans certaines box.

Cela dit, il est évident que face aux GAFA, ces géants d’Internet dont on peut inclure Netflix, les médias traditionnels que certains appellent aussi les anciens médias, ne sont que les lilliputiens. Seule une alliance leur donnerait une chance de résister. Mais une alliance franco-française sera-t-elle suffisante ? Ne faut il pas une alliance au niveau européen ? Justement, on a vu la difficulté des pays de se regrouper dans des institutions communes où chacun à son mot à dire. C’est le regroupement dans la division, face à des intervenants suffisamment grands pour rester seuls et écraser la concurrence.

Mais les médias traditionnels ne peuvent pas rester les bras croisés face à ces attaques. Il faut trouver des solutions. Il y aura des échecs et certainement aussi des réussites. Certainement on l’espère parce que, sinon, c’est désespérant.

Info mise à jour le 18/06/18 à 11h

 

Serge Surpin

1981 : Fait partie de l'équipe de la Radio Génération 2000, puis, RDH, Active FM, RDS, et d'autres radios "libres". Années 1980 : Création de 3615 SURPIN. 1995 : Création de Serge Surpin Numérique, fermé en 2008. 1995 : Co-Création de Satellifax, revendu depuis. 2003 : Création de SatMag. Photographe pour différents médias dont Satellifax. Environ 2012-2013 : journaliste à IDFM Radio Enghien. 2015 : Réalisateur à RCJ Radio. Depuis 2014 : Journaliste medias à RGB Radio. Depuis 2016 : Journaliste chroniqueur à Radio Shalom. Depuis 2018 : Journaliste médias à Radio Airshow. Rentrée 2018 : Journaliste médias à Bretagne 5. Rentrée 2018 : Journaliste médias à...

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